Tous les jours la nuit

un film de

Jean-Claude Wicky

Lors d'un voyage autour du monde, je suis arrivé sur l'Altiplano bolivien. Après avoir passé une journée dans une mine, j'en suis ressorti bouleversé et je me suis dit: "Un jour, je ferai un travail sur le monde des mineurs boliviens".

Ce n'est que dix ans plus tard que j'ai pu commencer un travail de photographie. De 1984 à 2001, je me suis rendu régulièrement en Bolivie pour explorer une trentaine de centres miniers à travers le pays. Avec cette question en guise de viatique: « Comment photographier l'humidité, la chaleur, l'odeur âcre du minerai qui imprègne les corps? Comment photographier l'obscurité de la mine, épaisse, plus impénétrable que la roche, qui efface tout sens de l'orientation, toute notion de temps et de distance, l'obscurité qui brûle les yeux et fait disparaître le corps? »

L'exposition et le livre qui ont suivi illustrent la terrible saga des mineurs.
Afin leur restituer ce qu'ils m'avaient apporté, je me suis procuré 600 exemplaires de l'édition espagnole que j'ai fait envoyer en Bolivie et je suis parti offrir ces livres aux mineurs que j'ai pu retrouver mais aussi aux bibliothèques des écoles des centres miniers. Devant les réactions extraordinaires de ces gens, j'ai pu mesurer à quel point ils trouvaient important d'être mis en valeur, d'être reconnus, de ne pas être oubliés.

J'avais envisagé ce retour comme la suite et la fin de mon aventure avec les mineurs, mais c'est à ce moment-là que se sont imposés l'idée et le désir de réaliser un film qui participerait encore plus à la construction d'une mémoire et qui pourrait mettre en lumière un monde jusqu'ici resté dans l'ombre.